• le FLN pouvait saboter sans difficulté l'oléoduc et le gazoduc ...

     

    Une certitude, le FLN pouvait saboter sans difficulté l'oléoduc et le gazoduc, tous deux longs de plus de 600 km. Paul Delouvrier le dit lui-même.
    Autre certitude: aucun attentat majeur n'a eu lieu contre les pipelines. Alors même que le 24 août 1958, le FLN avait démontré son savoir-faire en plastiquant le dépôt pétrolier de Marseille-Mourepiane, qui brûla pendant dix jours.

    Peut-on faire valoir que le FLN, sûr de l'indépendance, ne tenait pas à abîmer des installations qui lui reviendraient bientôt? Douteux: en 1959 (la date probable de l'arrangement financier), la messe n'est pas encore dite et couper des tubes ne touche pas à l'essentiel, les puits eux-mêmes.

    Alors, l'explication la plus simple reste celle que donne Paul Delouvrier: la France a payé par l'intermédiaire de ses compagnies pétrolières.
    Une question parmi bien d'autres: comment Paul Delouvrier peut-il accepter un accord aussi immoral ? Car, enfin, donner au FLN de l’argent (on aimerait connaître la somme) pour acheter des armes qui vont tuer des soldats français, c’est dur à avaler.
    Sauf si Paul Delouvrier a jugé que ce mal éviterait un mal plus grand encore, que ces morts français épargneraient au total plus de vies françaises (et algériennes).

    La France joue en effet avec le plan de Constantine une autre issue pour l'Algérie. Par exemple, l'énorme usine AZOTAL, à Arzew, doit produire, sur la base des phosphates du djebel Onk et du gaz saharien, des masses d'engrais à bas prix. Lesquels doivent pousser la production agricole des masses musulmanes hors de l'autosubsistance. Plus largement, industrialiser le pays en cinq ans, faire surgir des logements modernes pour un million de personnes (pari en passe d'être tenu en 1962), cela va dans le sens d'un changement social: plus d'ouvriers et de cadres, moins de paysans ; d'un changement de mentalité: demande de scolarisation et de consommation. Bref, il s'agit de faire palper aux musulmans l'avantage de rester français.

    Tout cela devant, in fine, saper le socle social du FLN et faire surgir les hommes et les femmes de cette «troisième force» tant recherchée par De Gaulle. Voilà, peut-être, pourquoi Delouvrier est prêt à payer l'ennemi dans le court terme : pour mieux le battre à moyen terme.

    Sauf que l'Histoire ne lui en a pas laissé le temps. Reste l'éternel débat de la raison d'État face à la morale de l'individu. Reste la douleur de ceux qui ont perdu un des leurs en Algérie en se disant que, peut-être, la balle a été payée par le contribuable français.

    JEAN LOPEZ,
    JOURNALISTE


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